Personne ne peut le nier, la construction de l'Europe est en panne.
Mais je crois qu'il faut distinguer la construction physique et politique de l'Europe, qui elle est touchée de plein fouet, du sentiment de la majorité des habitants de la vieille Europe, particulièrement de nos concitoyens qui souhaitent, au plus profond d'eux mêmes, une union des peuples européens, pour vivre plus heureux ensemble dans la paix et l'harmonie.Cependant, ne nous cachons pas qu'entre chez nous et ailleurs, il existe, principalement chez nos amis anglais, une vision différente de l'Europe. C'est là le véritable problème, l'incontournable enjeu. |
Dès 1990, début de mes interventions à Bruxelles et à Strasbourg, j'ai rapidement tiré des conclusions inquiétantes. Les technocrates européens construisaient à l'évidence l'Europe sans les citoyens. Une partie du monde politique s'en accommodait, voire s'en servait pour justifier son incompétence, ou tout simplement, laissaient faire sans mesurer les véritables enjeux. Ceux qui avaient l'audace de tirer la sonnette d'alarme, en dénonçant ces pratiques inquiétantes, étaient considérés comme des irresponsables, des incontrôlables, voire des anti-européens. Pourtant, en refusant d'adhérer à un système anti-démocratique et dénué d'humanisme, ils préfiguraient le tout récent " NON " français à cette Europe que les citoyens ne comprenaient pas et qu'on leur avait pourtant imposé.
Comment admettre, par exemple, que pour s'adresser aux organes européens compétents, il faut, pour envisager une chance de succès, obligatoirement avoir recours à un cabinet de consultants, véritables lobbystes officiels. Ceux-ci sont chargés de dialoguer avec ces instances éloignées de la vie quotidienne des citoyens et de traduire le jargon et les règlements incompréhensibles édictés par nos dirigeants européens.
C'est le " parcours du combattant " incontournable que doit effectuer toute association souhaitant obtenir une simple subvention, prévue par les textes européens, en devant impérativement faire appel à un intermédiaire patenté, qui prélèvera au passage de 10 à 20 % de l'aide financière demandée. Il faut d'abord payer pour éventuellement recevoir… Quand on sait les difficultés financières des citoyens…
De la même façon, lorsque, citoyen français je communique par écrit avec un organisme européen, il n'est pas rare que je reçoive une réponse ou un dossier à remplir en anglais, alors même que cette structure serait dirigée par des français et que le français a été choisi comme l'une des langues officielles des institutions de l'Europe. Ajouté à cela que les responsables européens français, présidant certaines réunions s'expriment exclusivement en anglais au grand damne des autres francophones présents. Ces pratiques sabotent le travail de leurs collègues et des responsables politiques favorables à une Europe plus efficace mais aussi plus humaine, respectueuse de nos origines.
Quant à nos députés européens… Que font-ils ?… Où sont-ils ?… Comment le simple citoyen peut-il les rencontrer ? Nos élus de l'Assemblée Nationale nous les connaissons, nous pouvons dialoguer avec eux dans leur circonscription. Mais ceux de l'Europe… pas facile. Cela est en partie dû au mode de scrutin. C'est vraisemblable, mais tout de même, qu'ils viennent vers nous, nous parler de leur travail, de l'Europe, de notre Europe.
Cette Europe, telle que l'ont construite certains technocrates et hommes politiques peu soucieux de l'intérêt général, s'inscrit parfaitement dans le processus de la mondialisation ultra libérale et effraie, à juste titre, les citoyens européens.
Jusqu'à maintenant, le débat politique public a ignoré la question du choix entre une société européenne ultra libérale, à l'anglo-saxonne, où le profit sera roi et l'exclusion reine, et une société " à la française ", où la morale et les valeurs républicaines, principalement la Fraternité, replaceront le citoyen au centre des débats, tout en s'accordant avec une économie de marché équitable.
La crise institutionnelle européenne actuelle constitue l'occasion idéale pour aborder enfin ces vraies questions.
Nos hommes politiques auront-ils assez de conviction et d'audace pour en débattre publiquement devant l'ensemble de la communauté européenne ? Et nous, les citoyens, oserons-nous les y obliger et les soutenir en nous rassemblant derrière eux dans cette difficile démarche ? Pour sa part, l'APMCJ, conformément aux valeurs qu'elle défend depuis toujours, agira en ce sens et vous invite à la rejoindre dans ce combat moderne pour une Europe citoyenne empreinte des valeurs humanistes universelles, qui ont fondé l'essentiel de cette " vieille Europe ", chère à nos cœurs.
Gérard d’ANDREA
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