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N° 50    Septembre - Octobre - Novembre - Décembre 2004     
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LA FRATERNITE,
ou considérer l'autre comme son propre frère...
La Fraternité et la Laïcité forment le socle de la République à la Française. Sans ces principes, hélas si souvent bafoués, notre République ne serait qu'un système politique démocratique républicain comme les autres, pâle réplique de la vision idyllique de ses fondateurs et de ses défenseurs.
Malgré toutes ces vicissitudes, la Fraternité demeure encore aujourd'hui l'élément essentiel de notre système républicain.
Roland (1) l'affirmait déjà en son temps : " Proclamez la République, proclamez donc la Fraternité, ce n'est qu'une même chose ! " Assertion indissociable de celle de Ferdinand Buisson (2) : " Le premier devoir d’une République, est de faire des républicains ! ".
Nous devons en effet nous mobiliser encore et encore pour la défendre et la faire vivre, pour notre présent et l'avenir de nos enfants.
Car vivre sans Fraternité, cela reviendrait à vivre sans les autres. Déjà, Sénèque (3) affirmait au 1er siècle après J.C. : " Vivre, c'est être utile aux autres. Vivre, c'est être utile à soi. Quant à ceux qui se cachent pour végéter, ils sont dans leur maison comme dans un tombeau ".

Le repli sur soi-même, cet égoïsme qui nous interdit de penser à autrui, particulièrement à ceux qui ne sont pas de notre entourage immédiat, constitue, en outre, une erreur fondamentale car il est faux de penser que l'on pourrait vivre heureux sans les autres. Le malheur des uns finit toujours par faire le malheur des autres. Et l'actualité quotidienne ne fait que le confirmer. Quoiqu'en pensent les farouches défenseurs du " Tout pour moi, rien pour les autres ", le malheur finit toujours par nous rattraper et la meilleure façon de le combattre c'est bien la Fraternité.
Mais ne confondons pas Fraternité et charité, Fraternité et solidarité, ce n'est pas la même chose. La Fraternité ne se résume pas simplement à un acte matériel, fût-il répété.
C'est une œuvre de chaque instant, difficile mais noble, car elle rejaillit positivement sur ceux qui la pratiquent et tend à façonner les rapports humains en replaçant prioritairement les citoyennes et citoyens au cœur des débats et de l'action.

Car ce qui est important, c'est " le bonheur " et comment y parvenir et le construire durablement sans amour, sans cet amour que l'on doit à son frère et qui est tout entier contenu dans le mot " Fraternité ".
Certains pensent résoudre le problème en mettant la religion en avant. Arrêtons-nous aux trois religions du Livre. Les juifs, les chrétiens et les musulmans ont des pratiques de solidarité, de charité qui pourraient se confondre parfois avec la Fraternité si celles-ci n'étaient pas anéanties par une déviance incompréhensible pour le commun des mortels doué d'un minimum de bon sens.
Comment, en effet, évoquer Dieu et l'amour divin, qui rejoint la Fraternité républicaine lorsque l'on verse dans l'intégrisme et la haine ?

Ce que ces criminels religieux donnent chichement d'une main, ils le reprennent prestement de l'autre, avec tant de violence que l'on est tenté de leur dire : " Soyez égoïstes, gardez tout pour vous, ne donnez rien, partagez tout entre vous… Dieu ne s'en portera que mieux ! ".

Issu d'une civilisation judéo-chrétienne, le républicain que je suis ne peut pas évoquer la Fraternité, donc la République, sans faire référence, dans la stricte définition de la laïcité, à l'Etre Suprême. Car croyant ou non croyant, il est présent dans tous les esprits. Affirmer que l'Amour de Dieu rejoint la Fraternité Républicaine n'est pas une hérésie et il est même logique de dire que si Dieu se faisait homme, il ne pourrait être que républicain.
Or, le Christ, vivant représentant du principe de Fraternité, a toujours, hormis l'épisode où il chassa les marchands du Temple, rejeté la violence pour prôner l'amour entre tous les Hommes.

Celui-ci n'a-t-il pas même été naguère considéré par une partie des militants communistes, ceux qui voyaient en leur idéologie le seul moyen d'instaurer la Fraternité entre nous tous, comme le premier d'entre eux ? Encore une intention généreuse détournée en chemin au profit d'une minorité dont l'intérêt personnel ou dogmatique prenait le pas sur le bonheur annoncé du genre humain. Ce communisme là n'a rien à voir avec la Fraternité Républicaine, tout comme le principe de charité religieuse en usage dans les sociétés ultra libérales. Les USA sont à cet égard un exemple tout à fait révélateur. La religion ressemble là-bas à un marché de consommation de plus, avec une offre importante de religiosité, un grand nombre d'églises étant en concurrence pour s'attacher la dévotion des citoyens. Comment un pays (un continent même) peut-il à la fois considérer, à 60 % de sa population (sondage de l'Institut PEW), que la religion a un rôle important dans sa vie et tolérer un taux de pauvreté de 16 % (OCDE - Après correction des prestations perçues par les plus démunis, 7 % pour la France, 12 % pour la Grande-Bretagne, 9 % pour l'Allemagne, etc.)? Quand on est religieux, on peut donc quand même exploiter son frère et s'accommoder de la misère d'autrui. Ce que la Fraternité Républicaine ne permet pas.

A l'échelle nationale, cette religiosité d'inspiration libérale aboutit au " Dieu protège l'Amérique ", celle-ci devenant le bras armé des forces du Bien luttant contre les forces du Mal. On est loin de la Fraternité républicaine universelle, car in fine, le seul peuple élu sera celui des femmes et des hommes, de toutes origines, qui auront su respecter les 10 Commandements, seul écrit divin reconnu par les trois religions du Livre, et dont l'esprit d'amour et de respect du genre humain se retrouve dans la Fraternité Républicaine.
Quant aux non-croyants (tout comme les croyants d'ailleurs), je les enjoins à défendre et faire vivre, dans le cadre de notre principe unique au monde de Laïcité, la Fraternité Républicaine, seul garant d'un avenir meilleur.
C'est pourquoi, en cette fin d'année 2004, déclarée par les autorités " Année de la Fraternité ", je vous suggère de reprendre ensemble cette généreuse intention pour en faire le souhait principal pour l'année 2005 et de toutes celles à venir pour qu'enfin, nous construisions ensemble, jour après jour, avec conviction et sincérité, la fraternité Républicaine dont nous avons tant besoin.

Pour cela, pas besoin d'un vote de l'ONU et d'une unanimité impossible, mobilisons-nous, et tout comme l'anthropologue Margaret Mead (4), ne doutons jamais " qu'un petit groupe de citoyens dévoués et réfléchis peut changer le monde. En fait, c'est la seule chose qui ait réussi jusqu'à présent ".
Bonne et Heureuse Année 2005
Rejoignez-nous, adhérez à l'APMCJ pour défendre vos convictions
(1) Roland de la Platière Jean-Marie, homme politique français (1734 - 1793). Ministre de l'Intérieur (1792 - 1793) et ami des Girondins, il se donna la mort en apprenant l'exécution de sa femme. C'est lui qui tria les documents contenus dans l'Armoire de fer.
(2) Ferdinand Buisson (1841 - 1932), pédagogue français. Collaborateur de Jules Ferry, il fut l'un des fondateurs de la Ligue des droits de l'homme. (Prix Nobel de la Paix 1927).
(3) Sénèque, en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Père ou le Rhéteur, écrivain latin. Auteur de Controverses, précieux documents sur l'éducation oratoire au 1er siècle.
(4) Margaret Mead (1901 - 1978), anthropologue américaine. Elle a étudié les problèmes de l'adolescence et les changements culturels.