
Des élus en herbe !
Suite à l'échange qu'ils ont eu avec des collégiens de leur ville, dans le cadre de la formation " Délégués de classe " dispensée par l'APMCJ, deux élus dressent un parallèle entre leur rôle et celui de délégué de classe.
M. Philippe METEZEAU est le premier adjoint au maire d'Argenteuil (Val d'Oise), commune de 96000 habitants. Conseiller général, il siége aux conseils d'administration de 4 collèges (Joliot Curie, P.V Couturier, Carnot, Ste. Geneviève.)
M. Eric TAVER est adjoint au maire du XIIIème arrondissement de Paris (172000 habitants), chargé de l'animation de proximité, il siége dans 2 conseils d'administration d'établissements scolaires (collège Camille Claudel et LEP Galilée.)
Ils ont reçu les délégués de classes des collèges Joliot Curie (Argenteuil) et Camille Claudel (XIIIème arrondissement) pour leur parler de leur vécu d'élu et échanger autour des similitudes entre leur rôle respectif et celui de délégué de classe.
Pourquoi la mairie de votre arrondissement (de votre commune), a-t-elle accepté de rencontrer les élèves délégués de classes, et quelle importance avez-vous accordé à ce débat ?
M. METEZEAU : " Nous rencontrons fréquemment les enseignants et les parents. Il m'apparaît indispensable de rencontrer les principaux intéressés. Le grand débat sur l'Education Nationale de l'automne a été un moment fort de " dialogue " que je veux poursuivre.
Dans notre ville 25% de la population a moins de 20 ans et, notre département est le deuxième plus jeune de France. En tant qu'élu municipal et départemental, je souhaite saisir toutes les occasions possibles de rencontrer les jeunes (et pas seulement sur les stades !) "
M. TAVER : " Pour moi, la question se pose à peine : la mairie est la " maison commune ", et ce que les élus du peuple y font se doit d'être le plus " transparent " possible. On sait que les élus ou les " politiques ", comme on dit, sont perçus comme étant coupés des réalités, comme un pouvoir distant sur lequel les citoyens n'auraient pas prise. Il est important, à mon sens, que les élus, et les lieux où ils travaillent, soient identifiés les uns comme des personnes et les autres comme des lieux, et non comme une instance abstraite, vus à travers la magie télévisuelle. C'est une démarche que je relie pour ma part aux pratiques de démocratie participative, qui elles aussi incarnent concrètement, le débat entre habitants et élus. "
Pensez-vous que la prise de responsabilités par les jeunes soit essentielle pour la démocratie et pourquoi ?
M. METEZEAU : " Cela leur permet de mesurer que rien ne se construit sans difficulté, mais que
beaucoup de choses peuvent être obtenues si l'on s'en donne la peine. Avoir le sens des responsabilités, c'est avoir conscience de son pouvoir et de ses propres limites.
Donner des responsabilités aux jeunes, c'est le contraire de la " démagogie du jeunisme. " Les mettre en face de leurs responsabilités, c'est les respecter. Responsabiliser les jeunes n'est pas source de difficulté pour les adultes, bien au contraire. Je constate d'ailleurs souvent qu'entre le début et la fin d'une réunion avec des jeunes, le climat change, ils deviennent plus attentifs, ils parlent davantage et, paradoxalement, cela facilite leur écoute. Il ne s'agit pas seulement d'aider les jeunes à devenir adultes responsables, mais il s'agit de " profiter ", au bons sens du terme, de leurs idées. Il faut inciter les jeunes à s'engager également en tant que jeune et en tant que personne humaine. Ils comprennent ainsi qu'ils ont besoin des autres, et qu'ils peuvent aussi apporter aux autres ".
M. TAVER : " Bien évidemment. En prenant des responsabilités publiques, dans nos sociétés de personnes informées et amenées à prendre chaque jour des responsabilités dans les sphères privées ou professionnelles, on s'aperçoit bien vite que l'essentiel n'est pas vraiment de produire des décisions mais de produire de la méthode pour prendre des décisions : c'est vrai pour un délégué de classe, comme me l'a encore confirmé ma rencontre avec ces collégiens. Etre élu, ce n'est pas être chef. Une telle expérience doit permettre aux adolescents d'aujourd'hui, baignés pourtant dans une société valorisant trop souvent la compétition au détriment de la coopération, de comprendre qu'on peut être responsable, et donc distingué des autres, sans être chef. "