<%@LANGUAGE="JAVASCRIPT" CODEPAGE="1252"%> Réapprendre la Citoyenneté à la Française

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Mars - Avril - Mai 2004 - numéro 48

Réapprendre La Citoyenneté à la Française

Le débat qui s’est exacerbé à propos de la Laïcité, « cette querelle » qu’on disait « dépassée » naguère, révèle en fait le trouble de la société française à tous ses niveaux et la lente érosion de ses valeurs.

L’accusation, infondée, de brimer la liberté religieuse, l’exploitation politique qui s’en saisit et en évoque une autre, vieille de bientôt 20 ans, voudraient faire oublier que la question fut réglée il y a un siècle, avec de bien plus rudes secousses (cf. les instructions générales aux écoles du 9 avril 1903 interdisant « les emblèmes religieux, de quelque nature qu’ils soient… », la circulaire du 1er juillet 1936 « interdisant tout port d’insigne », celle du 27 décembre 1944 qui renvoie opportunément, après les atteintes à la Laïcité de l’Etat Français, aux termes de la circulaire de 1903, cet ensemble de dispositions ayant été déjà légalisé par la loi du 9 décembre 1905 en son article 2 « La République ne reconnaît aucun culte »).
Qu’il faille recourir à la loi pour le redire, pour stopper une dérive qui tente d’imposer que l’Etat reconnaisse  « tous les cultes », montre assez combien cette société a perdu ses repères. C’est sur sa faiblesse que s’appuie les tentations de la déstabiliser.
La France est ainsi malade des valeurs qui ont fait son renom.
La Liberté ?
Ce difficile équilibre entre droits et obligations est devenu « j’ai le droit de… ».
L’Egalité ?
Les inégalités n’ont cessé de croître, les inégalités sociales surtout, les plus insoutenables.
La Fraternité ?
Elle s’est effacée devant l’individualisme le plus égoïste du « moi, d’abord… ».
Le constat est d’une grande banalité, et la jeunesse ne fait que suivre un chemin ouvert avant elle.
L’appétit individuel a tué l’intérêt général. L’Etat est devenu, à force de caricature et de renoncement, une entité floue tour à tour critiquée pour sa prétendue omnipotence et sommée d’apporter assistance et dédommagement pour tout désagrément personnel.

Cette déresponsabilisation entraîne notre société dans l’affrontement et la déliquescence de ses structures. C’est le prix à payer aujourd’hui pour avoir oublié qu’être citoyen, c’est être responsable. Il est donc nécessaire de réapprendre le civisme et de redonner tout son sens au mot citoyenneté.

Pour y avoir consacré la plus grande part de notre existence, nous voulons toujours croire en un nécessaire sursaut.

Le « matériau » existe. Il jalonne l’histoire de la République, les déclarations des “Droits de l’Homme”, celle de 1789 qui défiait le monde, celle de 1948 dont René Cassin “tint” la plume, l’article 2 de notre constitution où tout est dit :

Que l’Etat ne s’organise plus en fonction des particularismes ; qu’au contraire, ce sont eux (religieux philosophiques, politiques, économiques…) qui s’inscrivent dans l’organisation de la Cité.

Que les lois de l’Etat découlent de l’intérêt général et traduisent la recherche et l’expression de valeurs communes applicables à tous.

Que l’Etat agit au travers de ses services publics qui en sont l’épine dorsale avec des départements indépendants du pouvoir et compétents : éducation, santé, sécurité, justice notamment.

Le Président de la République a ainsi reprit une belle et juste formule, chère aux défenseurs de la Laïcité il y a une quarantaine d’années : « Laïcité, pierre angulaire de la République ».

La volonté de mettre en commun ce qui rassemble les citoyens de la Nation Française n’a pas besoin d’être rajoutée au triptyque qui orne le fronton des mairies. Elle le nourrit, lui donne sens et corps.

Il faut réapprendre la Citoyenneté "à la Française"

Dans tous les services publics : une école qui intègre au lieu de marginaliser, une politique de santé efficace et qui responsabilise, une politique sécuritaire qui éduque autant qu’elle sanctionne.

Tout examen du cursus scolaire, tout recrutement de la fonction publique, toute formation devrait à nos yeux comporter une épreuve de connaissances et de motivation consacrées à la construction de la citoyenneté avec ses richesses, ses contraintes et surtout à sa mise en pratique au quotidien.

Dans toutes les situations qui mettent en relation la démarche individuelle et l’intérêt collectif, celui-ci doit primer. Là, réside le moyen le plus sûr d’annihiler la démagogie qui nourrit les extrémismes.

Il y faudra du temps, de la patience ? Raison de plus pour ne pas tarder.

Que les pouvoirs publics, les mouvements politiques qui entrent en campagne électorale, les forces vives de la Nation s’engagent pour que renaisse et s’affirme l’attitude citoyenne indispensable à la survie de notre République.

 

Monsieur Guy GEORGES,
Instituteur,
Ancien Secrétaire Général du Syndicat
National des Instituteurs et
Professeurs des Collèges (1976 - 1983)
Monsieur Gérard d'ANDREA,
Commissaire Divisionnaire Honoraire
,
Président de l'Association de Prévention
pour une Meilleure Citoyenneté des Jeunes