
Réapprendre
La Citoyenneté à la Française
Le
débat qui s’est exacerbé à propos de la Laïcité,
« cette querelle » qu’on disait « dépassée »
naguère, révèle en fait le trouble de la société
française à tous ses niveaux et la lente érosion
de ses valeurs.
L’accusation,
infondée, de brimer la liberté religieuse, l’exploitation
politique qui s’en saisit et en évoque une autre, vieille
de bientôt 20 ans, voudraient faire oublier que la question fut
réglée il y a un siècle, avec de bien plus rudes
secousses (cf. les instructions générales aux écoles
du 9 avril 1903 interdisant « les emblèmes religieux,
de quelque nature qu’ils soient… », la circulaire
du 1er juillet 1936 « interdisant tout port d’insigne »,
celle du 27 décembre 1944 qui renvoie opportunément,
après les atteintes à la Laïcité de l’Etat
Français, aux termes de la circulaire de 1903, cet ensemble de
dispositions ayant été déjà légalisé
par la loi du 9 décembre 1905 en son article 2 « La
République ne reconnaît aucun culte »).
Qu’il faille recourir à la loi pour le redire, pour stopper
une dérive qui tente d’imposer que l’Etat reconnaisse
« tous les cultes », montre assez combien cette
société a perdu ses repères. C’est sur sa
faiblesse que s’appuie les tentations de la déstabiliser.
La France est ainsi malade des valeurs qui ont fait son renom.
La Liberté ?
Ce difficile équilibre entre droits et obligations est devenu
« j’ai le droit de… ».
L’Egalité ?
Les inégalités n’ont cessé de croître,
les inégalités sociales surtout, les plus insoutenables.
La Fraternité ?
Elle s’est effacée devant l’individualisme le plus
égoïste du « moi, d’abord… ».
Le constat est d’une grande banalité, et la jeunesse ne
fait que suivre un chemin ouvert avant elle.
L’appétit individuel a tué l’intérêt
général. L’Etat est devenu, à force de caricature
et de renoncement, une entité floue tour à tour critiquée
pour sa prétendue omnipotence et sommée d’apporter
assistance et dédommagement pour tout désagrément
personnel.
Cette
déresponsabilisation entraîne notre société
dans l’affrontement et la déliquescence de ses structures.
C’est le prix à payer aujourd’hui pour avoir oublié
qu’être citoyen, c’est
être responsable. Il est donc nécessaire de réapprendre
le civisme et de redonner tout son sens au mot citoyenneté.
Pour
y avoir consacré la plus grande part de notre existence, nous
voulons toujours croire en un nécessaire sursaut.
Le
« matériau » existe. Il jalonne l’histoire
de la République, les déclarations des “Droits de
l’Homme”, celle de 1789 qui défiait le monde, celle
de 1948 dont René Cassin “tint” la plume, l’article
2 de notre constitution où tout est dit :
Que
l’Etat ne s’organise plus en fonction des particularismes ;
qu’au contraire, ce sont eux (religieux philosophiques, politiques,
économiques…) qui s’inscrivent dans l’organisation
de la Cité.
Que
les lois de l’Etat découlent de l’intérêt
général et traduisent la recherche et l’expression
de valeurs communes applicables à tous.
Que
l’Etat agit au travers de ses services publics qui en sont l’épine
dorsale avec des départements indépendants du pouvoir
et compétents : éducation, santé, sécurité,
justice notamment.
Le
Président de la République a ainsi reprit une belle et
juste formule, chère aux défenseurs de la Laïcité
il y a une quarantaine d’années : « Laïcité,
pierre angulaire de la République ».
La
volonté de mettre en commun ce qui rassemble les citoyens de
la Nation Française n’a pas besoin d’être rajoutée
au triptyque qui orne le fronton des mairies. Elle le nourrit, lui donne
sens et corps.
Il
faut réapprendre la Citoyenneté "à la
Française" |
Dans
tous les services publics : une école qui intègre
au lieu de marginaliser, une politique de santé efficace et qui
responsabilise, une politique sécuritaire qui éduque autant
qu’elle sanctionne.
Tout
examen du cursus scolaire, tout recrutement de la fonction publique,
toute formation devrait à nos yeux comporter une épreuve
de connaissances et de motivation consacrées à la construction
de la citoyenneté avec ses richesses, ses contraintes et surtout
à sa mise en pratique au quotidien.
Dans
toutes les situations qui mettent en relation la démarche individuelle
et l’intérêt collectif, celui-ci doit primer. Là,
réside le moyen le plus sûr d’annihiler la démagogie
qui nourrit les extrémismes.
Il y faudra du temps, de la patience ? Raison de plus pour ne pas
tarder.
Que
les pouvoirs publics, les mouvements politiques qui entrent en campagne
électorale, les forces vives de la Nation s’engagent pour
que renaisse et s’affirme l’attitude citoyenne indispensable
à la survie de notre République.
| Monsieur
Guy GEORGES,
Instituteur,
Ancien Secrétaire Général du Syndicat
National des Instituteurs et
Professeurs des Collèges (1976 - 1983) |
Monsieur
Gérard d'ANDREA,
Commissaire Divisionnaire Honoraire,
Président de l'Association de Prévention
pour une Meilleure Citoyenneté des Jeunes |