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Mars - Avril - Mai 2004 - numéro 48

FORMATION DES DELEGUES DE CLASSE : DONNER LES MOYENS D’UN ENGAGEMENT CITOYEN

Dans le cadre de son activité des Cercles de Citoyens, l’APMCJ a dispensé le 12 février dernier, une formation de délégués de classe au sein du collège Gustave MONOD de Vitry sur Seine. Cette action a réuni les 22 délégués des sections de 4ème et 3ème.

Un mois après, nous sommes revenus dans cet établissement pour recueillir les réactions de deux élèves qui ont participé à cette journée et surtout pour savoir comment, aujourd’hui, ils appréhendaient leur fonction et leur rôle.

Kahina et Fatoumata, vous êtes toutes deux élèves de 3ème. Pourquoi et comment devient-on délégué de classe ?

Fatoumata CAMARA : « En fait je suis déléguée de classe depuis l’école primaire. J’ai été élue pour la première fois en CM2. Au collège je suis régulièrement élue depuis la 6ème . Cette année, je suis en plus déléguée au Conseil d’Administration. Je crois que l’on ne devient délégué que si on a vraiment envie de défendre les autres et de devenir un acteur dans la vie du collège. Au collège les CPE ont mis en place une campagne électorale pour que les futurs délégués se présentent. Il faut vraiment être crédible. »

Kahina ZOUIR : «  Pour moi , c’est la première année que je suis déléguée. D’abord c’est une sensation nouvelle, l’impression d’être quelqu’un d’important. Mais tu réalises vite, que tu as été élu et que tu es le représentant de ta classe. »

Comment vit-on la fonction de délégué de classe ?

: « Ce n’est pas toujours évident ! Le délégué n’est pas seulement l’élève qui assiste au conseil de classe. Tu dois tout le temps être délégué : quand il y a problèmes personnels, des bagarres, des informations à chercher et à donner. Des fois on n’a pas envie et on n’intervient pas. Aujourd’hui je me dis que parfois je prenais mon rôle à la légère. »

F : « Quand tu as décidé d’être délégué tu fais de ton mieux. Ce n’est pas facile de parler en conseil de classe, des fois on ressent une boule dans le ventre. Tu te poses des questions : quand dois-je parler ? Est-ce que ce que j’ai dit était bien ? Des fois on te dit que tu es au-dessus des lois, que toi, tu n’as rien à craindre. C’est faux, je n’ai jamais ressenti quelque chose de tel. C’est dur à vivre.

Quel a été votre sentiment lorsqu’on vous a annoncé que vous participiez à la formation des délégués de classe organisée par l’APMCJ en collaboration avec les Conseillers Principaux d’Education du collège ?

K : « Je me suis demandée quel était l’intérêt de cette formation, où et avec qui elle aurait lieu »

F : « Bien que j’étais volontaire pour cette formation, comme Kahina, je me posais énormément de questions sur le but de cette journée ».

Comment avez-vous vécu cette formation ?

F : « Dans l’ensemble c’était bien. Mais il aurait mieux valu que cette formation se passe en deux demies journées. Les formateurs parlaient le même langage que nous. Alors même si ce qu’ils voulaient expliquer était difficile ils cherchaient des mots faciles à comprendre. »

K : « Ce qui a également fait que cette journée s’est bien passée, c’est en fait que nous avions tous une attitude positive, qu’aucun élève délégué n’a réellement cherché à détruire cette journée. Les formateurs nous ont mis à l’aise et cela a facilité les échanges. »

Depuis qu’est ce qui a changé ?

F : « Je prends plus conscience de mon rôle. Lorsque je parle, j’essaie de faire plus attention à mes attitudes, à mes paroles, à mes gestes. J’ai parfois peur de retransmettre certaines informations parce que je me dis, ai-je été suffisamment complète et précise ? est-ce vraiment ce que l’autre voulait dire ? »

K : «  Moi, j’ai surtout appris la différence entre entendre et écouter. Je suis beaucoup plus attentive à ce que me disent mes camarades de classe. Je n’hésite plus à leur reposer des questions pour savoir si j’ai bien compris leur demande. »

F : « C’est encore plus vrai lorsqu’on est confronté à des élèves qui nous exposent des problèmes personnels. »

K :  « Là où j’ai encore du mal à m’imposer, c’est quand il y a des bagarres. Séparer des gens qui se battent ou demander de l’aide, surtout à des adultes ce n’est pas évident si tu ne veux pas être traitée de “balance”.

F : « Moi, quitte à me faire rembarrer : « Mais qui t’es, toi ? », je n’hésite pas à faire le premier pas et tenter de les séparer. Avant je ne le faisais pas. Maintenant, ça vient du cœur. »

K : « Souvent quand on se fait “traiter”, on laisse parler. Je me dis q’un jour eux aussi ils grandiront…   Aujourd’hui je peux dire que ma fonction de délégué de classe et cette formation m’ont permis de grandir dans ma façon de voir et de penser. »

F : « Oui, mais des fois je me dis que certains ne grandiront jamais …Etre délégué de classe te permet de t’ouvrir vers les autres et de ne pas avoir une vision inexacte de la vie et du fonctionnement d’une classe. »

Conseilleriez-vous à vos camarades de suivre cette formation ?

F : Oui, la formation est nécessaire, elle est un outil indispensable quand on veut être un délégué responsable. Elle est utile au même titre que la « campagne électorale » qui doit normalement précéder le jour du vote : elle prouve l’engagement du futur délégué.

K : Bien sûr que cette formation est utile. En plus quand on est élu, on a le sentiment d’être acteur du collège. Oui, je conseille vraiment cette journée. Même si certains ne prennent pas tout de suite conscience des informations et des conseils donnés, ils s’en rendront compte plus tard.