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Décembre
- Janvier - Février 2003 - n° 47 |
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Quand j’étais
petite, j’ai souffert de ce regard. J’étais dans un
fauteuil. Je souffrais du regard des autres. Mais un jour ma grand-tante
me pris dans ses bras, elle en avait assez de ce fauteuil, car tout le
monde m’assimilait à cet objet. Elle m’a dit :
« le médecin m’a dit que tu ne pourras jamais
marcher… Que penses tu ? » Alors elle me regarda
avec des yeux d’amour, elle disait qu’elle croyait en Dieu
et en l’Homme. Elle ajouta : « moi je suis
sûre que tu pourras marcher ! » Puis elle m’emmena
pendant des années en rééducation. Au bout d’un
an, je déambulais. Je crois que c’est l’amour tout
simplement. Ce regard, j’en est pris conscience là dans mon travail, dans ma vie privée et partout dans le monde, lorsque se pose les yeux sur tout ce qui nous entoure. J’ai appris également que nous sommes tous différents, mais que toutes ces différences sont une force et une richesse. Ce regard d’innocence, ce regard qu’ont les enfants, ce regard neuf, nous transforme. Si parfois, les gens sans-abris ont le regard perdu dans le vague, c’est que personne ne les regarde de façon positive. Ils nous intéressent pas. On ne regarde pas un être que l’on méprise. On ne veut pas comprendre. On ne veut pas savoir pourquoi la vie est dure pour lui, pourquoi il boit… On ne cherche pas ce dont on pourrait lui apporter : c’est plus facile de l’ignorer. Un regard offre peut être l’occasion de donner plus, un bonjour de commencer un échange, un sourire de réconforter, mais l’essentiel, c’est donner la dignité, l’espoir.
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