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Septembre - Octobre - Novembre 2003 - n°46 | |||
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L’école démocratique doit donner le sens du possible, le goût de l’action, le dessein de l’engagement (un engagement d’autant plus ferme qu’il aura été plus mûrement réfléchi), la volonté de prendre des responsabilités et la possibilité de les assumer pleinement. Elle doit aussi permettre de vivre l’apprentissage des libertés tout en sachant que ces libertés ne sont pas sans limite. Enfin elle montre toutes les valeurs de l’égalité dans un système où la justice est souvent bien difficile à discerner et plus difficile encore à faire triompher et apprend à sentir la force des liens de solidarité qui unit les hommes. Avec l’évolution de la démocratie, des concepts de liberté, l’idée de l’école pour tous fait son chemin. Dans un ouvrage (histoire d’un sous-maître), Ecckmann Chatrian développe les raisons qui fondent l’accès au savoir pour tous. « L’instruction du peuple est de la plus grande importance, surtout dans un pays où le suffrage universel, fait que la voix du soutier vaut autant que celle d’un membre de l’institut. Parce que c’est juste et parce que cela sert l’intérêt général, l’action de tous les démocrates doit tendre à transformer un rêve caressé depuis des millénaires par l’immense majorité des parents. Assurer à chaque enfant une instruction et une éducation capables d’en faire des hommes au sens plein. C’est à dire responsables sur le plan familial, sur le plan professionnel, sur le plan civique. » En quelques mots tout est dit, seulement, il restait à mettre en œuvre ces louables intentions.
A Sparte,
la sélection impitoyable qui ne reconnaissait à l’enfant
le droit à la vie qu’à la condition d’être
d’un tempérament robuste et sans difformité, qui supprimait
les droits familiaux à l’âge de 7 ans, sont évidemment
des pratiques qui ne peuvent servir d’exemple. A Rome, les écoles publiques communes aux deux sexes, ne donnaient à leurs élèves qu’une instruction rudimentaire. Au contraire, les enfants de l’aristocratie romaine étaient formés par des maîtres grecs afin de les préparer aux plus hautes fonctions (politiques et militaires). Pendant le moyen âge, l’instruction était destinée à former les clercs et répondait essentiellement aux besoins de l’Eglise. Rabelais, par réaction contre l’enseignement scolastique et la formation contemplative, proposait un système d’éducation moderne dont le but était de former un esprit sain dans un corps robuste, mais dont le programme ambitieux ne pouvait s’appliquer à tous. Plus tard, les encyclopédistes n’ont fait qu’effleurer les questions d’éducation. Il faut attendre le rapport sur l’instruction publique, présenté le 20 avril 1792, à l’assemblée législative par Condorcet, pour avoir une première affirmation officielle d’une volonté de démocratisation de l’enseignement. Il rappelle dans ce rapport, qui servira de référence un siècle plus tard à Jules Ferry pour asseoir l’école publique, laïque et obligatoire, que le premier but de l’instruction nationale est d’établir entre les citoyens une égalité de fait et de rendre réelle l’égalité politique recommandée par la loi. Le législateur, en adoptant le rapport de Condorcet décide, le 12 décembre 1792, la création de l’école primaire et donne au maître d’école le beau nom d’instituteur. C’est dans ce contexte qu’une école est créée dans chaque village de plus de 400 habitants. Napoléon, tout en affirmant la continuité de la révolution, apporte ses soins à l’organisation des lycées dans lesquels, par un recrutement de classe, puis par un enseignement conditionné, il forme des cadres dociles à la nation, et livre aux frères des écoles chrétiennes tout l’enseignement primaire. Thiers, 1er
président de la troisième république, n’aura
pas d’autre but. Il répète que l’instruction
doit être la compagne d’une certaine aisance et non la précéder.
Pour lui, l’école est un luxe. A l’inverse, Michelet
prophétise et annonce l’institution de la grande école
nationale, une école vraiment commune où les enfants de
toutes classes, de toutes conditions participeraient.
En faisant voter le 6 juin 1881, la loi établissant la gratuité, puis le 29 mars 1882, celle établissant l’obligation scolaire de 6 à 13 ans et la laïcité, Jules Ferry amorce une véritable démocratisation de l’enseignement. En cela, il reste fidèle à ses engagements affirmés lors d’un discours célèbre sur l’égalité de l’éducation : «
Quel est le devoir de notre siècle ? Le siècle dernier et
le commencement de celui-ci ont anéanti les privilèges de
la propriété, les privilèges et la distinction des
classes ; l’œuvre de notre temps n’est pas assurément
plus difficile. A coup sûr, elle nécessitera de moindres
orages, elle exigera de moins douloureux sacrifices, c’est une œuvre
pacifiste, c’est une œuvre généreuse, et je la
définis ainsi : faire disparaître la dernière, la
plus redoutable des inégalités qui viennent de la naissance,
l’inégalité d’éducation. C’est
le problème du siècle et nous devons nous y attacher. Et
quant à moi, lorsqu’il m’échut ce suprême
honneur de représenter une portion de la population parisienne
dans la chambre des députés, je me suis fait un serment
: entre toutes les nécessités du temps présent, entre
tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai
toute mon intelligence , tout ce que j’ai d’âme, de
cœur, de puissance physique et morale, c’est le problème
de l’éducation. En 1936 comme au temps de la commune, le front populaire n’a pas le temps de mettre en pratique ses conceptions en matière d’éducation. Il faut attendre la libération pour voir se développer les principes permettant une véritable démocratisation de l’enseignement. La
constitution de 1946, dans son préambule, garantit l’égal
accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction,
à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation
de l’enseignement public gratuit et laïc pour tous. L’enseignement
est défini comme un devoir d’Etat.
Démocratiser l’enseignement au-delà de la gratuité et de la laïcité, c’est aussi donner aux enfants l’égalité des chances. C’est assurer l’orientation correcte au long de leur scolarité et permettre une bonne insertion professionnelle, c’est aider les jeunes à surmonter tous les handicaps d’ordre physique, intellectuel ou social. Depuis, le débat sur l’école reste permanent. Au gré des alternances politiques, les réformes vont se succéder. Certes, toujours au nom des grands principes : ceux d’égalité, de laïcité, sans pour autant qu’on ait trouvé l’idéal. Au
regard du conflit qui oppose une grande majorité des enseignants
au gouvernement, concernant la réforme de l’Education Nationale
dans le cadre de la politique de décentralisation, aujourd’hui
encore, le sujet reste sensible et prioritaire, car si l’école
est obligatoire pour tous, l’égalité des chances d’assurer
son avenir par la connaissance est loin d’être réalisée.
En période de crise profonde où précisément
les injustices sont fortes, l’effort de la collectivité citoyenne
et ceux de l’Etat pour apporter des réponses aux plus défavorisés
est une obligation civique. C’est là, l’essence même
du rôle de l’école démocratique. |
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