<%@LANGUAGE="JAVASCRIPT" CODEPAGE="1252"%> L'ECOLE DE LA REPUBLIQUE

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Septembre - Octobre - Novembre 2003 - n°46

Édito
Pierre TALLEUX, Instituteur
Dossier
L'école de la République
Formation
JEREMY
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Spécial Laïcité

Jules FERRY
Homme d'état français
St Dié 1832 Paris 1893
jeune avocat, député répu-
blicain de Paris (1869) il s’oppose à l’empire déclinant. Membre du gouvernement de la défense nationale (4 septembre 1870), maire de Paris (16 novembre), préfet de la seine (mai - juin 1871) il est élu en 1876 député des Vosges. Président de la gauche républicaine, il est au pouvoir presque sans discontinuité de 1879 à1885, soit comme ministre de l’instruction publique (1879 à1883), soit comme président du conseil (1880 - 81 - 85) avec le portefeuille de l’instruction publique ou celui des affaires étrangères (1883 - 1885).
Il joue un rôle essentiel dans la mise en place de la République car non seulement il dote la France d’un enseignement primaire à la fois gratuit, obligatoire et laïc (1881 - 82), mais encore, il crée l’enseignement secondaire féminin (1880) et fait voter un important train de lois fondamentales relatives aux applications de la liberté (presse, réunion, divorce,) et à la démocratisation des communes (loi municipale du 5 avril 1884). Il est élu sénateur des Vosges en 1891.
L'ÉCOLE DE LA REPUBLIQUE
DE LA DEMOCRATIE DE L’EMANCIPATION

A l’heure où l’école, l’éducation, l’enseignement sont au centre du débat public, que l’avenir des enfants est une des principales préoccupations d’une majorité de nos concitoyens, au moment où l’on assiste à d’importants mouvements sociaux, notamment de la part des enseignants qui contestent la réforme gouvernementale de l’éducation nationale dans le cadre de sa politique de décentralisation, il nous a semblé opportun de traiter l’histoire de l’école républicaine, obligatoire, gratuite et laïque. L’école démocratique, victoire de l’accès au savoir pour tous, élément incontournable de la démocratie et de la citoyenneté. Sans cela, il n’y a pas de société de progrès, de société solidaire, de société responsable, de société fraternelle.

Le savoir, facteur de liberté

Le savoir reste le seul élément qui donne à l’individu l’émancipation, le sens de la responsabilité, la capacité d’être libre. L’ignorant sera toujours dépendant de quelqu’un, d’un groupe, d’un dogme. Ce n’est pas un hasard si l’accès à la connaissance fut difficilement accordé au peuple, car ce droit du savoir, pendant trop longtemps accordé à une élite, avait pour seule finalité de servir ceux qui détenaient le pouvoir. Voltaire, qui a marqué son empreinte dans le combat des libertés, en dénonçant le fanatisme religieux, l’absolutisme royal et les insuffisances de la justice, s’interrogeait pourtant sur la nécessité de permettre aux paysans d’apprendre à lire et à écrire, alors, disait-il, que la seule tâche qui leur était prescrite était de labourer et de semer les champs. Un état d’esprit qui peut surprendre de la part d’un intellectuel engagé pour le progrès, qui toutefois, est très significatif des pesanteurs que représentent certaines formes de préjugés. On sait que le combat pour l’égalité des droits n’est pas oeuvre facile. L’histoire montre qu’il a fallu bien des engagements et beaucoup de détermination pour imposer l’école de la République et de la démocratie.

Le savoir réservé à une élite

La tâche fondamentale de l’école n’est point d’accumuler les connaissances. Ce serait inutile et vain au siècle des ordinateurs. Elle a pour mission d’apprendre aux hommes à faire fonctionner leur jugement, à les mettre en garde contre tout embrigadement, à leur permettre de trouver eux-mêmes les raisons de leurs propres déterminations, à s’intégrer dans le monde qui nous enserre sans perdre leur personnalité, à les transformer sans se laisser écraser, à servir sans être un esclave. Trop longtemps nous avons eu une école pour héritiers, et une certaine élite. L’école n’est pas non plus au service d’une minorité, elle doit au contraire être l’école des bâtisseurs qui acceptent de remettre en question les idées les plus communément admises. C’est là, la démarche novatrice de la pensée laïque. Rien ne doit échapper à la libre critique. Cette école de la République implique donc un combat et un choix. Combat pour veiller à sa pérennité dans sa conception laïque d’égalité des chances et de gratuité, choix dans son rôle émancipateur, de façon à répondre aux nécessités du moment, sachant qu’école et société sont étroitement liées.En effet, de tout temps la société a créé l’école pour se perpétuer et se développer. C’est ainsi que l’église catholique formait des clercs pour propager la foi, Charlemagne avait besoin de lettrés et de juristes pour l’aider à tenir en tutelle des vassaux indisciplinés et ignorants, la bourgeoisie conquérante du XIX ème siècle, pour développer son essor, s’assurait des ouvriers qualifiés et des contremaîtres soumis. Pour autant, l’école n’est pas l’image de la société, elle n’en est que le reflet. Elle accélère la morale de l’esprit et porte en elle une force contestataire si forte que la société est souvent dépassée.

Donner le sens du possible

L’école démocratique doit donner le sens du possible, le goût de l’action, le dessein de l’engagement (un engagement d’autant plus ferme qu’il aura été plus mûrement réfléchi), la volonté de prendre des responsabilités et la possibilité de les assumer pleinement. Elle doit aussi permettre de vivre l’apprentissage des libertés tout en sachant que ces libertés ne sont pas sans limite. Enfin elle montre toutes les valeurs de l’égalité dans un système où la justice est souvent bien difficile à discerner et plus difficile encore à faire triompher et apprend à sentir la force des liens de solidarité qui unit les hommes. Avec l’évolution de la démocratie, des concepts de liberté, l’idée de l’école pour tous fait son chemin. Dans un ouvrage (histoire d’un sous-maître), Ecckmann Chatrian développe les raisons qui fondent l’accès au savoir pour tous.

« L’instruction du peuple est de la plus grande importance, surtout dans un pays où le suffrage universel, fait que la voix du soutier vaut autant que celle d’un membre de l’institut. Parce que c’est juste et parce que cela sert l’intérêt général, l’action de tous les démocrates doit tendre à transformer un rêve caressé depuis des millénaires par l’immense majorité des parents. Assurer à chaque enfant une instruction et une éducation capables d’en faire des hommes au sens plein. C’est à dire responsables sur le plan familial, sur le plan professionnel, sur le plan civique. »

En quelques mots tout est dit, seulement, il restait à mettre en œuvre ces louables intentions.

De la sélection à l'égalité démocratique

A Sparte, la sélection impitoyable qui ne reconnaissait à l’enfant le droit à la vie qu’à la condition d’être d’un tempérament robuste et sans difformité, qui supprimait les droits familiaux à l’âge de 7 ans, sont évidemment des pratiques qui ne peuvent servir d’exemple.
La démocratie grecque pourtant si lumineuse, ne peut davantage être retenue, dans la mesure où l’organisation de la cité se faisait sur des discriminations. En premier lieu les enfants d’esclaves et de métèques étaient exclus du système d’éducation. Quand aux enfants de citoyens de condition libre, le degré d’instruction était lié au niveau de fortune.

A Rome, les écoles publiques communes aux deux sexes, ne donnaient à leurs élèves qu’une instruction rudimentaire. Au contraire, les enfants de l’aristocratie romaine étaient formés par des maîtres grecs afin de les préparer aux plus hautes fonctions (politiques et militaires).

Pendant le moyen âge, l’instruction était destinée à former les clercs et répondait essentiellement aux besoins de l’Eglise. Rabelais, par réaction contre l’enseignement scolastique et la formation contemplative, proposait un système d’éducation moderne dont le but était de former un esprit sain dans un corps robuste, mais dont le programme ambitieux ne pouvait s’appliquer à tous.

Plus tard, les encyclopédistes n’ont fait qu’effleurer les questions d’éducation. Il faut attendre le rapport sur l’instruction publique, présenté le 20 avril 1792, à l’assemblée législative par Condorcet, pour avoir une première affirmation officielle d’une volonté de démocratisation de l’enseignement. Il rappelle dans ce rapport, qui servira de référence un siècle plus tard à Jules Ferry pour asseoir l’école publique, laïque et obligatoire, que le premier but de l’instruction nationale est d’établir entre les citoyens une égalité de fait et de rendre réelle l’égalité politique recommandée par la loi.

Le législateur, en adoptant le rapport de Condorcet décide, le 12 décembre 1792, la création de l’école primaire et donne au maître d’école le beau nom d’instituteur. C’est dans ce contexte qu’une école est créée dans chaque village de plus de 400 habitants.

Napoléon, tout en affirmant la continuité de la révolution, apporte ses soins à l’organisation des lycées dans lesquels, par un recrutement de classe, puis par un enseignement conditionné, il forme des cadres dociles à la nation, et livre aux frères des écoles chrétiennes tout l’enseignement primaire.

Thiers, 1er président de la troisième république, n’aura pas d’autre but. Il répète que l’instruction doit être la compagne d’une certaine aisance et non la précéder. Pour lui, l’école est un luxe. A l’inverse, Michelet prophétise et annonce l’institution de la grande école nationale, une école vraiment commune où les enfants de toutes classes, de toutes conditions participeraient.
La révolution de 1848, puis la Commune de Paris n’ont pas le temps de démocratiser l’enseignement. Pourtant cela reste une préoccupation majeure pour les insurgés de la commune. Pour preuve, cet appel lancé par les élus du 4ème arrondissement qui affirment :« l’instruction est un droit absolu pour l’enfant, un devoir impérieux pour la famille ou à défaut, pour la société. Seule l’instruction rend l’enfant devenu homme réellement responsable de ses actes envers ses semblables. » « Apprendre à l’enfant à aimer et à respecter ses semblables, c’est lui inspirer l’amour et la justice, lui enseigner également la nécessité de s’instruire dans l’intérêt de tous. »

L'école gratuite, obligatoire, laïque

En faisant voter le 6 juin 1881, la loi établissant la gratuité, puis le 29 mars 1882, celle établissant l’obligation scolaire de 6 à 13 ans et la laïcité, Jules Ferry amorce une véritable démocratisation de l’enseignement. En cela, il reste fidèle à ses engagements affirmés lors d’un discours célèbre sur l’égalité de l’éducation :

« Quel est le devoir de notre siècle ? Le siècle dernier et le commencement de celui-ci ont anéanti les privilèges de la propriété, les privilèges et la distinction des classes ; l’œuvre de notre temps n’est pas assurément plus difficile. A coup sûr, elle nécessitera de moindres orages, elle exigera de moins douloureux sacrifices, c’est une œuvre pacifiste, c’est une œuvre généreuse, et je la définis ainsi : faire disparaître la dernière, la plus redoutable des inégalités qui viennent de la naissance, l’inégalité d’éducation. C’est le problème du siècle et nous devons nous y attacher. Et quant à moi, lorsqu’il m’échut ce suprême honneur de représenter une portion de la population parisienne dans la chambre des députés, je me suis fait un serment : entre toutes les nécessités du temps présent, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai toute mon intelligence , tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale, c’est le problème de l’éducation.
L’inégalité d’éducation est, en effet, un des résultats les plus criants et les plus fâcheux, au point de vue social du hasard de la naissance.
Avec l’inégalité d’éducation je vous défie d’avoir jamais l’égalité des droits, non l’égalité théorique, mais l’égalité réelle, et l’égalité est pourtant le fond même de la démocratie. »

En 1936 comme au temps de la commune, le front populaire n’a pas le temps de mettre en pratique ses conceptions en matière d’éducation. Il faut attendre la libération pour voir se développer les principes permettant une véritable démocratisation de l’enseignement.

La constitution de 1946, dans son préambule, garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïc pour tous. L’enseignement est défini comme un devoir d’Etat.
« n’oublions jamais, disait Léon Blum dès 1937, quand on parle d’enseignement obligatoire, on vise en réalité une obligation double : obligation pour l’enfant de recevoir l’enseignement, mais avant tout obligation pour l’Etat de l’offrir ».

Oeuvrer pour l'égalité des chances

Démocratiser l’enseignement au-delà de la gratuité et de la laïcité, c’est aussi donner aux enfants l’égalité des chances. C’est assurer l’orientation correcte au long de leur scolarité et permettre une bonne insertion professionnelle, c’est aider les jeunes à surmonter tous les handicaps d’ordre physique, intellectuel ou social. Depuis, le débat sur l’école reste permanent. Au gré des alternances politiques, les réformes vont se succéder. Certes, toujours au nom des grands principes : ceux d’égalité, de laïcité, sans pour autant qu’on ait trouvé l’idéal.

Au regard du conflit qui oppose une grande majorité des enseignants au gouvernement, concernant la réforme de l’Education Nationale dans le cadre de la politique de décentralisation, aujourd’hui encore, le sujet reste sensible et prioritaire, car si l’école est obligatoire pour tous, l’égalité des chances d’assurer son avenir par la connaissance est loin d’être réalisée. En période de crise profonde où précisément les injustices sont fortes, l’effort de la collectivité citoyenne et ceux de l’Etat pour apporter des réponses aux plus défavorisés est une obligation civique. C’est là, l’essence même du rôle de l’école démocratique.
L’APMCJ, préoccupée des difficultés que rencontrent les jeunes des quartiers, souvent en échecs scolaires, convaincue de l’importance que revêt la connaissance, a mis en place des formations spécifiques et professionnelles. Cela en lien avec le développement d’ateliers techniques et de recherches d’emplois. En effet, nous sommes convaincus, qu’agir à la revalorisation des métiers manuels, souvent considérés à tort comme peu attrayant, c’est permettre l’insertion sociale par le travail, mais aussi l’ouverture à d’autres horizons. Une société solidaire, harmonieusec’est une société qui permet à chaque citoyen de trouver sa place dans lacité.