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Juin
- Juillet - Août
2003 - n° 45 | |||
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LA
PRISE DE LA BASTILLE
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Un
royaume de France prospère |
Economiquement,
en 1789, la France n’était pas malheureuse, même
si les finances de l’état n’étaient pas brillantes.
Ce n’est pas dans un pays épuisé qu’éclata
la Révolution. En effet, la France était la monarchie
la plus puissante de l’Europe, elle comptait vingt-six millions
d’habitants, soit 16 % de la population totale du continent, en
un temps où la Grande Bretagne en comptait à peine 12
millions. Elle venait de gagner la guerre d’indépendance
de l’Amérique et son prestige n’avait jamais été
plus grand. Et puis dans toute l’Europe s’exerçait
aussi l’influence des écrivains, des philosophes des lumières
et des artistes Français. Donc à l’extérieur
pas d’échec.
Combattre
l'absolutisme, en réformant les institutions monarchique |
Par
contre à l’intérieur, la monarchie en droit demeurait
absolue, refusant toutes modifications institutionnelles de nature à
accorder des droits politiques au peuple représenté par
le Tiers Etat et surtout d’abolir les privilèges de la
noblesse et du clergé, exemptés notamment de l’impôt.
Pourtant le peuple dans sa globalité n’était pas
contre la monarchie, et quand il criait « vive
le Roi » il acclamait le Roi protecteur et
non le roi exploiteur. En réalité, on attendait de lui
la fin de l’absolutisme royal, l’octroi d’une constitution,
une refonte de la fiscalité, des garanties concernant les libertés
individuelles et collectives et la liberté de la presse. Enfin
et surtout l’abolition de la féodalité au nom du
principe de l’égalité civile, permettant d’avantage
de justice sociale. En réalité, pour reprendre le propos
d’Albert Mathiez : « la
révolution Française s’est faite d’abord dans
les esprits avant de passer dans les choses ».
L’ensemble de ces réformes aurait pu trouver des solutions, mais le pays souffrait trop d’une crise morale et d’une crise d’autorité. La bourgeoisie, qui fut à l’origine des revendications, trop écartée des fonctions publiques, espère avec la convocation des états généraux une ère nouvelle de justice et de liberté. Le royaume de France entre alors dans une aventure généreuse, sans soupçonner que l’excellent va se mêler au pire. L’enthousiasme, les intentions les plus nobles soulèveront les masses, mais parfois aussi une férocité bestiale. Il est vrai que l’on peut admirer les idées généreuses et la grandeur des principes, et déplorer les atrocités commises. Et comme l’a dit Chateaubriand, « la liberté ne doit pas être accusée des forfaits qu’on commet en son nom ». La Révolution n’est donc pas faite d’un bloc, au contraire, elle est d’une extrême complexité.
L'espoir
du peuple dans les États Généraux |
Comment a t-elle commencé ? La monarchie, financièrement
aux abois, convoque en mai 1789 les Etats Généraux. N’ayant
pas été convoqué par un monarque depuis 1614, sous
le règne de Marie de Médicis, le peuple met dans cet évènement
un immense espoir, celui de voir changer leurs conditions de vie. Les
notables du royaume disent oui aux Etats Généraux, à
condition de ne pas changer les procédures, afin de préserver
leurs privilèges. Pour cela, ils s’opposeront à
un doublement des députés du Tiers-Etat. Finalement, Necker,
nouveau Ministre de Louis XVI, sous la pression du Roi, sans lui donner
totale satisfaction, puisqu’il refuse le vote par tête,
va accorder le doublement des représentants du Tiers-Etat. Ne
pouvant se mettre d’accord sur la finalité des travaux,
les trois ordres (Noblesse, Clergé, Tiers-Etat) vont délibérer
séparément. L’enjeu de ces débats est important
puisqu’il porte sur les principes sur lesquels sera fondée
leur vie sociale commune. D’un côté, les partisans
de la tradition historique, les champions de droit divin, des ordres
et des corporations. De l’autre, les avocats de l’égalité
et de la justice qui ont foi dans l’intelligence des hommes. C’est
dans ce contexte que les Français font l’apprentissage
de la démocratie. La monarchie absolue, alors, n’a plus
en face d’elle la fronde aristocratique, elle doit devoir faire
face à des négociants, des avocats, des curés de
village qui s’affirment comme les mandataires de la nation.
Les atermoiements du Roi, d’une majorité de la noblesse et du clergé, vont précipiter les évènements. Le 17 juin, le Tiers, rejoint par plusieurs représentants du Clergé vote la constitution de l’Assemblée Nationale. En réaction, le Roi avise les députés qu’il tiendra une séance royale le 22 juin et enjoint l’arrêt des séances en cours. Lorsque les députés se présentent devant la porte de la salle des menus plaisirs, ils la trouvent fermée et gardée par des soldats. L’assemblée se transporte alors dans la salle du jeu de paume, où tous les membres, à l’exception d’un seul, prêtent le fameux serment qui scelle leur engagement irrémédiable d’obtenir une nouvelle constitution : « nous jurons de ne jamais nous séparer de l’Assemblée Nationale, et de nous réunir partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides ».
Le
peuple de Paris se révolte |

A
Paris, l’inquiétude populaire est grande lorsque se répandent
des nouvelles alarmistes émanant de Versailles. Il se dit, notamment,
que le renvoi de Necker, la dissolution des Etats généraux
et le renvoi des députés dans leur province sont décidés.
Des inquiétudes fondées car le Roi, au cours d’une
séance royale qui réunit les trois ordres, déclare
nulles les délibérations prises par les députés
le 17 juin. Par ailleurs, la nomination du Maréchal de Broglie
au poste de Commandant général de l’armée,
essentiellement composée de troupes étrangères,
à la réputation de dureté, conforte le peuple de
Paris à s’engager dans l’action et à exprimer
son mécontentement.
Nous
sommes le 12 juillet, au Palais Royal, l’excitation est à
son comble. La foule va fermer les spectacles en signe de deuil. Des
affrontements se produisent place Louis XVI, entre les dragons et un
cortège qui porte le buste de Necker. A vingt heures, le régiment
royal allemand envahit les Tuileries. En réponse à ce
coup de force, des orateurs appellent le peuple aux armes, annonçant
que la cour médite une « Saint Barthélemy »
des patriotes. Pendant la nuit, les magasins d’armuriers sont
pillés, les barrières d’octroi sont attaquées
et plusieurs sont incendiées. Le lendemain, Paris se sentant
pris par une armée à ses portes, les électeurs
réunis à l’Hôtel de Ville organisent une milice
bourgeoise de 48 000 hommes, dont le signe de reconnaissance est une
cocarde bleue et rouge. Le 14 juillet, la fronde
est à son apogée, les parisiens se portent aux invalides
et y enlèvent 20 000 fusils et plusieurs canons. Après
ce coup de force, les ouvriers du faubourg, où se joignent nombre
de brigands, la milice bourgeoise et les gardes patriotiques se dirigent
vers la prison de la Bastille pour en prendre possession. Le gouverneur
Marquis de Launay refusant de céder, fait tirer sur la foule,
ce qui n’empêche pas la prise de la Bastille, symbole
de l’absolutisme royal. Pour la petite histoire, seulement sept
personnes se trouvaient à l’intérieur de la geôle :
un Comte, deux malades mentaux et quatre faussaires...
A
partir de cette date, quarante jours après la réunion
des Etats Généraux, la Révolution Française
prend alors un tour irréversible. Le Duc de la Rochefoucault
ne s’est pas trompé sur la nature de ces événements.
En effet, quand il avise le Roi de la prise de la Bastille par le peuple
de Paris, celui-ci demande, « une
prise ? » « non sire, c’est une Révolution ».
La
consécration des droits de l'homme |
Les
conséquences de cette journée insurrectionnelle sont immenses.
La noblesse propose d’elle même l’abolition de ses
privilèges, et l’assemblée rédige la Déclaration
des Droits de l’Homme et du Citoyen qui, par sa portée
universelle et intemporelle, constitue l’un des textes majeurs
de l’histoire mondiale des principes humanistes. Depuis, les constitutions
françaises de 1946 et de 1958 l’ont intégrée
au droit positif français. Louis XVI va oser une dernière
tentative pour préserver les pouvoirs de la Monarchie. Il élude
la ratification des décrets et rappelle des troupes à
Versailles. Les Révolutionnaires pressentant le danger, au cours
des journées d’octobre, ramènent de force la famille
royale à Paris. Le 14 juillet 1790, les Parisiens choisiront
de commémorer le premier anniversaire de la prise de la Bastille
par une fête consensuelle sur le champs de mars. 260 000 Parisiens
et des délégués de tous les départements
y participent avec enthousiasme. Le Roi et la Reine y assisteront aux
côtés de La Fayette. Cette fête de la Fédération
consacre donc le triomphe de la Révolution pacifique et la promesse
d’une monarchie constitutionnelle, respectueuse des droits individuels.
Mais voilà, la République Française est certes
idyllique dans ses principes de droit et de liberté, mais en
réalité, elle s’est difficilement imposée.
La France connaîtra encore de nombreux régimes (monarchie,
directoire, empire, plusieurs Républiques, l’autoritarisme
de l’Etat français), et d’autres Révolutions,
pour asseoir notre Etat démocratique.
C’est donc un siècle plus tard, le 6 juillet 1880, sous la troisième république que la chambre des députés adopte une proposition de Benjamin Raspail faisant du quatorze juillet la Fête Nationale, date anniversaire de la prise de la Bastille et de la fête de la Fédération. Cette journée symbolise la Nation Française, l’unité de son peuple, les droits de l’homme et de la démocratie.