|

|
Et
si on revalorisait le travail manuel !

Le chômage
endémique, qui frappe particulièrement notre jeunesse, sans
épargner pour autant les autres tranches d’âge, est
en complète contradiction avec les nombreuses offres d’emploi
non pourvues et l’incompréhension de nos concitoyens lorsqu’ils
tentent d’avoir recours à un ouvrier spécialisé
(métiers de bouche, plomberie, électricité, réparations
diverses ou entretien courant, …) ou lorsqu’ils envisagent
un projet plus élaboré, de construction, par exemple.
Conséquences
de l’absence de main d’oeuvre |
 Cette
carence de main d’œuvre spécialisée a plusieurs
conséquences négatives.
Tout d’abord, économiques, c’est l’augmentation
du coût de l’intervention, la main d’œuvre se faisant
rare. Il suffit d’appeler un dépanneur et comparer ses tarifs
avec ceux de la visite à domicile d’un médecin. Il
y a une disproportion flagrante entre le prix de revient du déplacement
et du temps d’intervention de l’un par rapport à l’autre.
Faut-il croire que le bon fonctionnement de la machine à laver
est plus important que notre santé ? Faut-il penser qu’un
CAP a plus de valeur qu’un Bac + 7 ? Non, bien entendu, mais
dans le jeu de l’offre et de la demande, ceci explique cela. Cette
absence de main d’œuvre spécialisée a aussi des
répercussions sur le marché de l’emploi et le taux
de chômage, car, faute de formations adaptées aux secteurs
qui pourtant souffrent chroniquement d’une pénurie de main
d’œuvre spécialisée, le sans-emploi, dépourvu
du savoir-faire demandé, reste chômeur. Résultat :
le coût social et économique du chômage continue de
s’aggraver. Par ailleurs, le moral du sans-emploi est en berne.
Il considère qu’il ne sert à rien et qu’il n’a
pas sa place dans notre société.
Parallèlement, l’opinion d’une partie du grand public
se dégrade vis-à-vis de la jeunesse et des chômeurs,
soupçonnant ceux-ci de manquer de vigueur et de pugnacité
pour trouver un emploi. Ils en déduisent que l’effort budgétaire
consenti pour faciliter cette insertion par le travail est vain. Ceci
revient à dire que le traitement politique et administratif du
chômage est mal conçu et mal conduit.
Or, si les plans de lutte contre toutes les formes d’exclusion peuvent
être améliorés, car tout peut l’être,
le désintérêt croissant de nos concitoyens pour les
métiers manuels est, hélas, bien réel : il est
pour l’essentiel, à l’origine de la situation paradoxale
que nous venons de décrire. Et pourtant, aucun plan d’envergure
ne s’en est jamais vraiment préoccupé.
Porter
un autre regard sur le travail manuel |
Certes,
tout jeune peut revendiquer d’accéder aux plus hauts des
sommets de l’échelle sociale : c’est la traduction
même de l’égalité républicaine.
Mais cette ascension se réalise suivant les moyens de chacun et
l’effort accompli pour y parvenir. Dans notre conception républicaine,
chaque citoyen a sa place et son utilité quelque soit la position
qu’il occupe, mais encore faut-il que nous ayons la sagesse de ne
mépriser aucun travail essentiel à la vie de chaque jour.
« Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a
que des sottes gens ».
Ainsi, le simple
bon sens nous oblige à avoir un autre regard sur le travail manuel.
En effet, tout le monde ne peut être médecin, enseignant,
chercheur, … cela n’aurait d’ailleurs aucun sens et
serait catastrophique pour notre avenir car la chaîne de ce qui
est indispensable à notre vie quotidienne serait interrompue et
entraînerait rapidement des catastrophes.
Mais, revaloriser
le savoir-faire, c’est aussi redonner ses lettres de noblesse au
travail bien fait. Ceci est particulièrement vrai pour le travail
manuel.
Il est constant maintenant que devant le recul de la qualité du
travail, les entreprises tentent d’y remédier en instaurant
de plus en plus de prix, chartes et labels de qualité, alors qu’après
tout, on est sensé rechercher naturellement la qualité dans
nos diverses activités et a fortiori dans le cadre d’un contrat
de travail.
Quoiqu’il en soit, le travail bien fait n’est plus forcément
une généralité. En conséquence, tout ce qui
va dans le sens de la qualité de nos productions et de nos prestations
doit être encouragé.
L’objectif principal des managers de demain sera donc de recréer
un climat propice à cette recherche de qualité bénéfique
à tous et ainsi de rendre vivante la formule de Pascal « Il
faut avoir l’enthousiasme de son travail pour y exceller ».
Ainsi, les conséquences d’une revalorisation intelligente
du travail manuel seraient multiples.
L'intégration
par le travail : Une priorité |
C’est
tout d’abord, l’intégration d’un grand nombre
de jeunes par un travail durable. Avoir enfin un véritable métier
et non plus occuper de petits boulots qui génèrent le stress,
découragent et finissent par anéantir le goût du travail
bien fait. C’est même l’intérêt pour la
chose publique et la vie en société qui est atteint, la
montée des égoïsmes s’opposant à l’intérêt
général et au-delà, à la morale et aux valeurs
républicaines. Le citoyen n’est plus acteur de sa vie mais
simple figurant. Il finit par y perdre sa dignité au profit de
l’assistanat, cette aide perverse qui contente celui qui donne,
rend veule celui qui reçoit et engendre une société
de médiocres.
L’intégration par un véritable emploi, c’est
aussi lutter contre la délinquance sous toutes ses formes (drogues,
violences, etc...) mais c’est aussi redonner vie au préambule
de la constitution sur le droit au travail ainsi qu’à la
maxime de Ferdinand Buisson
« Le premier devoir d’une République, est de faire
des républicains ».
Nous déplorons, de plus en plus, le désengagement de bon
nombre de nos concitoyens pour nos institutions républicaines,
pour la République elle-même. Mais comment s’enthousiasmer
pour quelque chose qui ne dit rien, et ressemble plus à une nature
morte dans un beau cadre doré qu’à une force en mouvement ?
La République nous accorde des droits en contrepartie de nos devoirs.
Certains exigent d’abord leurs droits, surtout individuels et sociaux,
en oubliant leurs devoirs.
Prévention
- Répréssion : Couple indissociable |
Les
diverses politiques de lutte contre la délinquance et l’exclusion,
de gauche comme de droite ont toutes été un échec
et le demeureront tant que les hommes politiques n’auront pas compris
la nécessité de relier la prévention à la
répression lorsque la politique de la main tendue n’a pas
été comprise et de précéder, accompagner et
faire suivre le volet prévention-répression d’une
éducation à la citoyenneté, alliée à
une formation professionnelle digne de ce nom. N’oublions jamais
en effet que nous sommes toutes et tous des victimes potentielles, certes
satisfaites de voir notre agresseur arrêté, mais qui auraient
nettement préféré ne pas être agressées
du tout, ce que le bon sens populaire traduit par
la maxime bien connue « Il vaut mieux prévenir que guérir ».
Toutes les prisons, les centres éducatifs renforcés ou fermés
seront inutiles si leurs « bénéficiaires »
ne sont pas parallèlement éduqués aux principes citoyens,
au respect, et ne reçoivent pas une vraie formation, les
mettant par la suite à l’abri des tentations en leur permettant
de recevoir une juste contrepartie à leur travail, gage d’indépendance
économique et de dignité.
Quant à l’inéluctable mondialisation, celle-ci ne
doit pas être sauvage, violente, source d’exclusion. La seule
recherche de profits ne suscite que des conflits sociaux dont l’issue
n’est pas
« républicainement » satisfaisante.
Il en est de même en ce qui concerne la construction de l’Europe :
la réalité d’une citoyenneté européenne
n’est plus contestée mais celle-ci se développera-t-elle
à l’anglo-saxonne où le profit est roi et l’exclusion
reine ou, à la « française », où
le principe de fraternité, associé à celui de liberté
et d’égalité, replace le citoyen au cœur des
débats ?
Certes, donner du travail à tout le monde constituera un pari difficile
mais au moins, que l’emploi offert à ceux qui n’en
ont pas, ne soit pas rendu inaccessible faute de formation adaptée.
Par ailleurs, le problème de nos retraites serait en partie réglé
par l’augmentation des actifs. Or, comme nous le savons, de nombreux
postes de travail ne sont pas pourvus malgré nos 2,8 millions de
chômeurs ! Il est donc de notre devoir d’engager la bataille
contre les a priori visant le travail manuel et de faciliter par tous
moyens la formation dans les secteurs d’activités porteurs
d’emplois durables.
Mais comment revaloriser le travail manuel ?
Promouvoir
les principes Républicains |
D’abord,
en modifiant son image. Pour cela, il faut utiliser toutes les techniques
modernes pour attirer, encourager la jeunesse à se diriger vers
ces métiers porteurs et surtout à en être fiers.
Il faut, en un mot, « redorer le blason » des métiers
manuels et redonner tout son sens à l’expression admirative
du
« riche ouvrier », sachant tout faire de ses mains,
avec une qualité affirmée.
Si cela passe par la technologie de la communication, cela doit aussi
s’inscrire dans le cadre normal de la formation scolaire et professionnelle.
Le rôle de l’éducation nationale sera ici primordial.
Il faut renforcer, particulièrement en ce domaine, le rôle
éducatif de l’Education Nationale.
Il s’agira d’abord de réinjecter de la morale afin
d’inculquer à la jeunesse un véritable goût
de l’effort et le rejet du travail facile et bâclé,
en lui faisant comprendre que tout se mérite, que rien n’est
acquis d’avance, en lui faisant savourer la joie d’un travail
difficile mais finalement mené à bien.
Et qu’on ne peut pas non plus compter que sur les autres, l’assistanat
étant une aide perverse qui nuit à la dignité du
citoyen. Si on ne peut se résoudre à être continuellement
assisté, il est également illusoire d’imaginer de
construire son avenir en s’investissant dans les jeux de hasard
ou dans des combines délictuelles qui ne mènent à
rien, sinon à la déception et à la détresse.
Mais pour arriver à passer ces messages, il faut aussi que l’enseignant
soit lui-même fier de ce qu’il est. Il est donc indispensable
que sa fonction soit aussi revalorisée, qu’il soit investi
d’une véritable mission « former l’élite
de la nation sans oublier les autres ». Mais que cette « élite »
tout à fait relative, soit consciente que, sans les autres elle
n’est rien, et, que son intérêt particulier se confond
avec l’intérêt général. Ceci aussi doit
s’apprendre à l’école. C’est la leçon
de morale suprême de toute société civilisée
et démocratique. Elle est volontairement oubliée, contestée
parce que difficile à construire et à faire partager dans
notre société permissive où la prise de responsabilité
n’est plus encouragée, voire déconseillée au
profit d’une hypocrite neutralité qui vire très vite
à l’irresponsabilité. Pourtant, il faut enseigner
la morale car il n’existe pas de Société sans morale
et, pour nous, c’est celle de la République !
Cependant, on ne saurait ignorer le rôle des autres éducateurs,
en premier lieu des parents, qui doivent participer activement au processus
de la revalorisation du monde du travail. Il faut éduquer aussi
les parents en ce domaine.
C’est le devoir des enseignants de l’Ecole Publique de remettre
cette morale républicaine en exergue, quand elle est déjà
souvent prise en compte dans l’enseignement privé. Lui redonner
toute sa vigueur serait l’honneur de l’école publique
et l’aiderait à mieux résister aux attaques lancées
contre le principe de laïcité.
Forte de ces raisonnements basés sur le bon sens et sur les principes
républicains, notre Association propose la
« revalorisation du travail manuel » en expliquant
la nécessité de celle-ci, mais surtout en faisant quelques
propositions concrètes qui seront mises en place dès la
rentrée de septembre 2003.
L’Association
de Prévention pour une Meilleure Citoyenneté des Jeunes,
dont je suis le Président Fondateur, a pour objet de promouvoir
tous types d’actions tendant à la prévention de la
délinquance et à la lutte contre l’exclusion, en développant
– particulièrement chez les jeunes – le sens de la
morale, du civisme, de la solidarité et des valeurs républicaines,
afin qu’ils deviennent demain des citoyens responsables.
C’est pourquoi les opérations que notre association mène
depuis plusieurs années s’inscrivent surtout dans les quartiers
dits « sensibles », principalement en direction
des jeunes.
Mais la promotion
des valeurs républicaines serait vaine sans un volet formation/emploi,
seul à même de permettre à ces jeunes de devenir acteurs
de leur propre vie.
En conséquence, dans le cadre de la revalorisation du travail manuel,
deux critères constitueront les vecteurs permanents de nos initiatives :
- l’acquisition de valeurs citoyennes,
- l’apprentissage d’un métier manuel pour insérer
ces jeunes en difficulté et faire face aux carences inquiétantes
de recrutement dans certains corps de métier. Dans notre démarche,
nous avons retenu plusieurs axes d’intervention, particulièrement
la sensibilisation aux métiers de la mer, du bâtiment et
de ceux liés à l’automobile.
Nos
projets consisterons :
1
: A recruter des jeunes gens désoeuvrés, âgés
de 16 à 25 ans, ayant des difficultés réelles d’insertion.
Origine
de ces jeunes :
Les « décrocheurs »
du système scolaire, les jeunes en difficulté morale, sociale
et économique, les jeunes délinquants primaires qui auront
le choix entre les peines pénales traditionnelles ou la formation
à la citoyenneté et à l’apprentissage d’un
véritable métier, les jeunes détenus et ceux qui
viennent de purger leur peine.
2 : A leur faire prendre conscience de l’impasse de leur situation
pour les dynamiser afin qu’ils adhèrent à ce projet.
3 : A les initier à la formation qu’ils auront choisie après
avoir découvert l’ensemble des métiers que nous leur
auront proposés.
Notre objectif est de « dégrossir », de donner
des bases techniques, théoriques de culture générale
et de citoyenneté, indispensables à l’employabilité
du jeune intéressé dans la profession qu’il aura choisie
afin de faciliter son insertion dans le monde du travail ou dans celui
d’un lycée professionnel.
Pour réussir cet ambitieux projet, nous avons besoin d’un
partenariat fort avec les diverses organisations professionnelles et syndicales
intéressées, ministères, établissements scolaires,
collectivités locales, … Dès à présent,
de nombreux organismes nous ont assurés de leur intérêt
et souhaitent s’associer à notre démarche.
Lecteurs,
ne soyez pas en retrait !
Retraités, professionnels, vous qui partagez nos convictions
REJOIGNEZ-NOUS !
Ensemble, nous gagnerons,
c’est notre intérêt à tous !
Le Président
Gérard
D'ANDRÉA
|