<%@LANGUAGE="JAVASCRIPT" CODEPAGE="1252"%> Et si on revalorisait le travail manuel !

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Juin - Juillet - Août 2003 - n° 45

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et si on revalorisait le travail manuel !


Le chômage endémique, qui frappe particulièrement notre jeunesse, sans épargner pour autant les autres tranches d’âge, est en complète contradiction avec les nombreuses offres d’emploi non pourvues et l’incompréhension de nos concitoyens lorsqu’ils tentent d’avoir recours à un ouvrier spécialisé (métiers de bouche, plomberie, électricité, réparations diverses ou entretien courant, …) ou lorsqu’ils envisagent un projet plus élaboré, de construction, par exemple
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Conséquences de l’absence de main d’oeuvre

Cette carence de main d’œuvre spécialisée a plusieurs conséquences négatives.
Tout d’abord, économiques, c’est l’augmentation du coût de l’intervention, la main d’œuvre se faisant rare. Il suffit d’appeler un dépanneur et comparer ses tarifs avec ceux de la visite à domicile d’un médecin. Il y a une disproportion flagrante entre le prix de revient du déplacement et du temps d’intervention de l’un par rapport à l’autre. Faut-il croire que le bon fonctionnement de la machine à laver est plus important que notre santé ? Faut-il penser qu’un CAP a plus de valeur qu’un Bac + 7 ? Non, bien entendu, mais dans le jeu de l’offre et de la demande, ceci explique cela. Cette absence de main d’œuvre spécialisée a aussi des répercussions sur le marché de l’emploi et le taux de chômage, car, faute de formations adaptées aux secteurs qui pourtant souffrent chroniquement d’une pénurie de main d’œuvre spécialisée, le sans-emploi, dépourvu du savoir-faire demandé, reste chômeur. Résultat : le coût social et économique du chômage continue de s’aggraver. Par ailleurs, le moral du sans-emploi est en berne. Il considère qu’il ne sert à rien et qu’il n’a pas sa place dans notre société.
Parallèlement, l’opinion d’une partie du grand public se dégrade vis-à-vis de la jeunesse et des chômeurs, soupçonnant ceux-ci de manquer de vigueur et de pugnacité pour trouver un emploi. Ils en déduisent que l’effort budgétaire consenti pour faciliter cette insertion par le travail est vain. Ceci revient à dire que le traitement politique et administratif du chômage est mal conçu et mal conduit.
Or, si les plans de lutte contre toutes les formes d’exclusion peuvent être améliorés, car tout peut l’être, le désintérêt croissant de nos concitoyens pour les métiers manuels est, hélas, bien réel : il est pour l’essentiel, à l’origine de la situation paradoxale que nous venons de décrire. Et pourtant, aucun plan d’envergure ne s’en est jamais vraiment préoccupé.

Porter un autre regard sur le travail manuel

Certes, tout jeune peut revendiquer d’accéder aux plus hauts des sommets de l’échelle sociale : c’est la traduction même de l’égalité républicaine.
Mais cette ascension se réalise suivant les moyens de chacun et l’effort accompli pour y parvenir. Dans notre conception républicaine, chaque citoyen a sa place et son utilité quelque soit la position qu’il occupe, mais encore faut-il que nous ayons la sagesse de ne mépriser aucun travail essentiel à la vie de chaque jour. « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que des sottes gens ».
Ainsi, le simple bon sens nous oblige à avoir un autre regard sur le travail manuel. En effet, tout le monde ne peut être médecin, enseignant, chercheur, … cela n’aurait d’ailleurs aucun sens et serait catastrophique pour notre avenir car la chaîne de ce qui est indispensable à notre vie quotidienne serait interrompue et entraînerait rapidement des catastrophes.
Mais, revaloriser le savoir-faire, c’est aussi redonner ses lettres de noblesse au travail bien fait. Ceci est particulièrement vrai pour le travail manuel.
Il est constant maintenant que devant le recul de la qualité du travail, les entreprises tentent d’y remédier en instaurant de plus en plus de prix, chartes et labels de qualité, alors qu’après tout, on est sensé rechercher naturellement la qualité dans nos diverses activités et a fortiori dans le cadre d’un contrat de travail.
Quoiqu’il en soit, le travail bien fait n’est plus forcément une généralité. En conséquence, tout ce qui va dans le sens de la qualité de nos productions et de nos prestations doit être encouragé.
L’objectif principal des managers de demain sera donc de recréer un climat propice à cette recherche de qualité bénéfique à tous et ainsi de rendre vivante la formule de Pascal « Il faut avoir l’enthousiasme de son travail pour y exceller ».
Ainsi, les conséquences d’une revalorisation intelligente du travail manuel seraient multiples.

L'intégration par le travail : Une priorité

C’est tout d’abord, l’intégration d’un grand nombre de jeunes par un travail durable. Avoir enfin un véritable métier et non plus occuper de petits boulots qui génèrent le stress, découragent et finissent par anéantir le goût du travail bien fait. C’est même l’intérêt pour la chose publique et la vie en société qui est atteint, la montée des égoïsmes s’opposant à l’intérêt général et au-delà, à la morale et aux valeurs républicaines. Le citoyen n’est plus acteur de sa vie mais simple figurant. Il finit par y perdre sa dignité au profit de l’assistanat, cette aide perverse qui contente celui qui donne, rend veule celui qui reçoit et engendre une société de médiocres.
L’intégration par un véritable emploi, c’est aussi lutter contre la délinquance sous toutes ses formes (drogues, violences, etc...) mais c’est aussi redonner vie au préambule de la constitution sur le droit au travail ainsi qu’à la maxime de Ferdinand Buisson
« Le premier devoir d’une République, est de faire des républicains ».
Nous déplorons, de plus en plus, le désengagement de bon nombre de nos concitoyens pour nos institutions républicaines, pour la République elle-même. Mais comment s’enthousiasmer pour quelque chose qui ne dit rien, et ressemble plus à une nature morte dans un beau cadre doré qu’à une force en mouvement ?
La République nous accorde des droits en contrepartie de nos devoirs. Certains exigent d’abord leurs droits, surtout individuels et sociaux, en oubliant leurs devoirs.

Prévention - Répréssion : Couple indissociable

Les diverses politiques de lutte contre la délinquance et l’exclusion, de gauche comme de droite ont toutes été un échec et le demeureront tant que les hommes politiques n’auront pas compris la nécessité de relier la prévention à la répression lorsque la politique de la main tendue n’a pas été comprise et de précéder, accompagner et faire suivre le volet prévention-répression d’une éducation à la citoyenneté, alliée à une formation professionnelle digne de ce nom. N’oublions jamais en effet que nous sommes toutes et tous des victimes potentielles, certes satisfaites de voir notre agresseur arrêté, mais qui auraient nettement préféré ne pas être agressées du tout, ce que le bon sens populaire traduit par la maxime bien connue « Il vaut mieux prévenir que guérir ».
Toutes les prisons, les centres éducatifs renforcés ou fermés seront inutiles si leurs « bénéficiaires » ne sont pas parallèlement éduqués aux principes citoyens, au respect
, et ne reçoivent pas une vraie formation, les mettant par la suite à l’abri des tentations en leur permettant de recevoir une juste contrepartie à leur travail, gage d’indépendance économique et de dignité.
Quant à l’inéluctable mondialisation, celle-ci ne doit pas être sauvage, violente, source d’exclusion. La seule recherche de profits ne suscite que des conflits sociaux dont l’issue n’est pas
« républicainement » satisfaisante.
Il en est de même en ce qui concerne la construction de l’Europe : la réalité d’une citoyenneté européenne n’est plus contestée mais celle-ci se développera-t-elle à l’anglo-saxonne où le profit est roi et l’exclusion reine ou, à la « française », où le principe de fraternité, associé à celui de liberté et d’égalité, replace le citoyen au cœur des débats ?
Certes, donner du travail à tout le monde constituera un pari difficile mais au moins, que l’emploi offert à ceux qui n’en ont pas, ne soit pas rendu inaccessible faute de formation adaptée.
Par ailleurs, le problème de nos retraites serait en partie réglé par l’augmentation des actifs. Or, comme nous le savons, de nombreux postes de travail ne sont pas pourvus malgré nos 2,8 millions de chômeurs ! Il est donc de notre devoir d’engager la bataille contre les a priori visant le travail manuel et de faciliter par tous moyens la formation dans les secteurs d’activités porteurs d’emplois durables.
Mais comment revaloriser le travail manuel ?

Promouvoir les principes Républicains

D’abord, en modifiant son image. Pour cela, il faut utiliser toutes les techniques modernes pour attirer, encourager la jeunesse à se diriger vers ces métiers porteurs et surtout à en être fiers.
Il faut, en un mot, « redorer le blason » des métiers manuels et redonner tout son sens à l’expression admirative du
« riche ouvrier », sachant tout faire de ses mains, avec une qualité affirmée.
Si cela passe par la technologie de la communication, cela doit aussi s’inscrire dans le cadre normal de la formation scolaire et professionnelle. Le rôle de l’éducation nationale sera ici primordial.
Il faut renforcer, particulièrement en ce domaine, le rôle éducatif de l’Education Nationale.
Il s’agira d’abord de réinjecter de la morale afin d’inculquer à la jeunesse un véritable goût de l’effort et le rejet du travail facile et bâclé, en lui faisant comprendre que tout se mérite, que rien n’est acquis d’avance, en lui faisant savourer la joie d’un travail difficile mais finalement mené à bien.
Et qu’on ne peut pas non plus compter que sur les autres, l’assistanat étant une aide perverse qui nuit à la dignité du citoyen. Si on ne peut se résoudre à être continuellement assisté, il est également illusoire d’imaginer de construire son avenir en s’investissant dans les jeux de hasard ou dans des combines délictuelles qui ne mènent à rien, sinon à la déception et à la détresse.
Mais pour arriver à passer ces messages, il faut aussi que l’enseignant soit lui-même fier de ce qu’il est. Il est donc indispensable que sa fonction soit aussi revalorisée, qu’il soit investi d’une véritable mission « former l’élite de la nation sans oublier les autres ». Mais que cette « élite » tout à fait relative, soit consciente que, sans les autres elle n’est rien, et, que son intérêt particulier se confond avec l’intérêt général. Ceci aussi doit s’apprendre à l’école. C’est la leçon de morale suprême de toute société civilisée et démocratique. Elle est volontairement oubliée, contestée parce que difficile à construire et à faire partager dans notre société permissive où la prise de responsabilité n’est plus encouragée, voire déconseillée au profit d’une hypocrite neutralité qui vire très vite à l’irresponsabilité. Pourtant, il faut enseigner la morale car il n’existe pas de Société sans morale et, pour nous, c’est celle de la République !
Cependant, on ne saurait ignorer le rôle des autres éducateurs, en premier lieu des parents, qui doivent participer activement au processus de la revalorisation du monde du travail. Il faut éduquer aussi les parents en ce domaine.
C’est le devoir des enseignants de l’Ecole Publique de remettre cette morale républicaine en exergue, quand elle est déjà souvent prise en compte dans l’enseignement privé. Lui redonner toute sa vigueur serait l’honneur de l’école publique et l’aiderait à mieux résister aux attaques lancées contre le principe de laïcité.
Forte de ces raisonnements basés sur le bon sens et sur les principes républicains, notre Association propose la
« revalorisation du travail manuel » en expliquant la nécessité de celle-ci, mais surtout en faisant quelques propositions concrètes qui seront mises en place dès la rentrée de septembre 2003.

Les projets de l'APMCJ

L’Association de Prévention pour une Meilleure Citoyenneté des Jeunes, dont je suis le Président Fondateur, a pour objet de promouvoir tous types d’actions tendant à la prévention de la délinquance et à la lutte contre l’exclusion, en développant
– particulièrement chez les jeunes – le sens de la morale, du civisme, de la solidarité et des valeurs républicaines, afin qu’ils deviennent demain des citoyens responsables.
C’est pourquoi les opérations que notre association mène depuis plusieurs années s’inscrivent surtout dans les quartiers dits « sensibles », principalement en direction des jeunes.
Mais la promotion des valeurs républicaines serait vaine sans un volet formation/emploi, seul à même de permettre à ces jeunes de devenir acteurs de leur propre vie.
En conséquence, dans le cadre de la revalorisation du travail manuel, deux critères constitueront les vecteurs permanents de nos initiatives :
- l’acquisition de valeurs citoyennes,
- l’apprentissage d’un métier manuel pour insérer ces jeunes en difficulté et faire face aux carences inquiétantes de recrutement dans certains corps de métier. Dans notre démarche, nous avons retenu plusieurs axes d’intervention, particulièrement la sensibilisation aux métiers de la mer, du bâtiment et de ceux liés à l’automobile.

Nos projets consisterons :
1 : A recruter des jeunes gens désoeuvrés, âgés de 16 à 25 ans, ayant des difficultés réelles d’insertion.

Origine de ces jeunes :
Les « décrocheurs » du système scolaire, les jeunes en difficulté morale, sociale et économique, les jeunes délinquants primaires qui auront le choix entre les peines pénales traditionnelles ou la formation à la citoyenneté et à l’apprentissage d’un véritable métier, les jeunes détenus et ceux qui viennent de purger leur peine.
2 : A leur faire prendre conscience de l’impasse de leur situation pour les dynamiser afin qu’ils adhèrent à ce projet.
3 : A les initier à la formation qu’ils auront choisie après avoir découvert l’ensemble des métiers que nous leur auront proposés.
Notre objectif est de « dégrossir », de donner des bases techniques, théoriques de culture générale et de citoyenneté, indispensables à l’employabilité du jeune intéressé dans la profession qu’il aura choisie afin de faciliter son insertion dans le monde du travail ou dans celui d’un lycée professionnel.
Pour réussir cet ambitieux projet, nous avons besoin d’un partenariat fort avec les diverses organisations professionnelles et syndicales intéressées, ministères, établissements scolaires, collectivités locales, … Dès à présent, de nombreux organismes nous ont assurés de leur intérêt et souhaitent s’associer à notre démarche.

Lecteurs, ne soyez pas en retrait !
Retraités, professionnels, vous qui partagez nos convictions
REJOIGNEZ-NOUS !
Ensemble, nous gagnerons,
c’est notre intérêt à tous !


Le Président
Gérard D'ANDRÉA